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Saint André - Une ville romaine détruite ?


Cailly et Saint-André sur Cailly ont été par le passé, le lieu d’une forte présence romaine : il n’est pas possible d’exclure l’histoire romaine de Saint André de celle de Cailly, tant les deux sont liées.

 

Ainsi, d’après Wilhem Martin dans son ouvrage intitulé : « Recherche sur les voies romaines de la Seine Inférieure », pas moins de 6 voies romaines en provenance de Rouen, Lillebonne, Arques, Amiens, Paris, Radepont, Beauvais convergeaient vers ces localités. De plus des voies de jonction entre ces différents tracés pouvaient permettre de gagner quelques kilomètres pour aller de l’une à l’autre des voies et éviter ainsi de très couteux efforts, en contournant autant que faire ce peut, la descente vers la vallée du Cailly puis sa remontée.

 

Les communes de Saint-André sur Cailly-et Cailly devaient être considérées, selon l’abbé Cochet, comme « un seul point antique ». Si des ruines romaines et un trésor furent découverts à Cailly, d’autres ruines et trésors bien plus importants furent découverts à Saint-André pour la plus grande partie au XIXème siècle ou il existait encore à cette époque une tradition de la ville détruite.

 

 

 

 Les « trésors » de Saint André

Ainsi, comme le rapporte le même abbé Cochet dans La Seine Inférieur archéologique et historique de 1864, M. L’abbé Baston lisait, en 1810, à l’académie de Rouen, un mémoire sur les découvertes de Saint-André. Il avait trouvé, sous quelques pouces de terre, un pavé mosaïque et des cercueils de pierre avec trois têtes réunies et quelques vases en terre grise.

 

A la suite de quoi des fouilles ont été pratiquées en 1817 au Boulevey : au milieu de murs de plus de 200 mètres un pavé mosaïque fut mis à jour (voir-ci contre la reproduction).

 

En 1842, après des fouilles faites sur une butte (ou le lieu-dit La Butte) on trouva des pavés blancs et des canaux en terre cuite.

 

Toujours en 1842, un véritable « trésor », de plusieurs centaines de pièces, fut découvert. Il contenait au moins 51 pièces de monnaie montrant, au recto, un grand sanglier à gauche, aux soies hérissées et marquées très caractéristiques. Cette série de pièces était probablement de diffusion limitée voir locale. Les numismates désignent les pièces de ce genre sous le nom de « type de Saint André sur Cailly »

Image issue de « Essai sur la numismatique Gauloise du Nord Ouest de la France » page 149 par Ed Lambert (1864)

En 1847 il fut trouvé un lot de monnaies bien conservées qui fut acquis par le Musée Départemental.

 

En 1848, selon une note du 5 septembre rédigée par M. De Glanville dans le Bulletin Monumental de la Société Française d’Archéologie, il fut découvert, lors de travaux réalisés dans une propriété, «deux tronçons de colonnes romaines dont la hauteur totale fut estimée à plus de quatre mètres avec un espace entre ces colonnes estimé à plus de 3 m. Après avoir franchi le péristyle (ndlr :espace rempli les colonnes), on entrait dans une salle pavée de pierre (…) puis on passait dans de petits appartements disposés à la suite les uns des autres dont les murailles, revêtues d’un enduit, étaient peintes de couleurs diverses dominées de rouge et de bleu. Un canal en pierre, qui passait au dessous du pavage, devait être destiné à l’écoulement des eaux. (…). »

 

 

 En 1862, des terrassiers ont fouillé le champ de la Butte au Boulevey pour y trouver des briques afin de les vendre pour en faire un ciment. Ils mirent à jour et détruisirent un système de chauffage (hypocauste) parfaitement conservé, des murs, du pavage et des piliers et ce au désespoir de l’Abbé Cochet qui ne put voir ce qui fut détruit.

 

Au printemps 1864, dans un labour, il a été recueilli un pavé de marbre de 10 centimètres carrés, avec une tête de Mercure gravée en creux, d’une grande rareté.

 

 

 

L’amphithéâtre Romain

Mais ce qui retient surtout l’attention, c’est la présence d’un amphithéâtre romain de vaste dimension (70 mètres par 46) reconnu dès 1817, et visité en 1864 par l’abbé Cochet. Il est comparé, par les spécialistes, au théâtre romain de Lillebonne ou à celui de Jublains dans la Sarthe.

 

En 1870, après avoir recueilli des fonds, l’abbé Cochet pu commencer des fouilles qui furent assez vite interrompues à la demande du fermier exploitant. Il fut alors obligé de remblayer ses tranchées. Il découvrit malgré tout le mur de pourtour (précinction) d’une longueur de 150 mètres environ pour une épaisseur d’un mètre 50. Le fond de la maçonnerie était en silex et recouvert de tuf identique au théâtre de Lillebonne, des arènes de Paris ou de Senlis. L’ouverture de la scène est de 79 mètres d’un podium à l’autre. Appuyée sur ces podiums, une grande loge (cunéus) devait dominer toute la cavée, avec un passage (vomitoire). Le théâtre était destiné à recevoir une immense population.

 

Il découvrit également quelques monnaies et un cercueil plutôt de l’époque franque.

 

Il regretta amèrement de ne pas avoir pu poursuivre ses fouilles en espérant qu’elles puissent être reprises plus tard, ce qui n’a pas été fait jusqu’à présent (2010).

 

Voir le compte rendu qu’il en fit dans le Bulletin de la Commission des antiquités de la Seine- Inférieure de 1871 page 49

En vidéo: reconstitution de l'amphithéâtre romain à partir du plan des fouilles de l'abbé Cochet

Une agglomération importante

La tradition de la ville détruite et l’importance des découvertes, à Cailly et Saint André, à la fois par leur nombre, leur qualité, leur dimension, leur spécificité, conjuguées à l’importance du nœud de communication constituent un faisceau d’indices suggérant que ces deux localités étaient un centre économique et culturel important de plusieurs milliers de personnes, au fort rayonnement.  

 

Mis à jour ( Lundi, 09 Janvier 2012 14:36 )